TOUT L'OEUVRE de Jean-Michel BASQUIAT

dimanche 9 avril 2023

BASQUIAT & LA MUSIQUE

 









La pratique de Basquiat s’apparente beaucoup à celle du Disc Jockey (DJ) et du Master of Ceremony (MC) typiques de ce milieu. En 1982, Basquiat a d’ailleurs été DJ dans les clubs de Manhattan et a même produit un album de rap, Beat Box, en 1983.

Le DJ utilise des disques dont il n’a pas écrit une seule note comme un instrument, déforme totalement leur son original par la technique du « scratching » (apparu à New York en 1981 pour l’album The Adventures of the Wheels of Steel de Grandmaster Flash), et crée ainsi une œuvre entièrement nouvelle. De même, Basquiat recycle une histoire de la peinture occidentale dont il se sent exclu, lui appliquant une distorsion violente et la remixant pour mieux la régénérer. Quant au MC, c’est le chanteur ou rappeur qui tord les mots pour mieux les faire entendre : il suffit de voir les mots biffés par Basquiat sur les toiles pour y voir une démarche similaire.






EXPOSITION MONTRÉAL 2022


BASQUIAT a vécu, peint et respiré avec la musique. Que ce soit le jazz en général et le bebop en particulier, le rock électronique avec son groupe de musique GRAY, ses amis musiciens, petites amies chanteuses comme MADONNA et Debbie HARRY du groupe BLONDIE, il évoluait dans le monde musical new-yorkais fécond des années 80.


Avec Debbie HARRY



Avec MADONNA




AVEC SON GROUPE GRAY


Les musiciens de jazz comme Lester YOUNG, Charlie PARKER ou Dizzie GILLESPIE que vénérait BASQUIAT, étaient des icônes afro-américaines au même titre que les boxeurs comme Muhammad ALI pour BASQUIAT. Ils incarnaient la cause des droits civiques et la place des Noirs dans la société blanche hostile et discriminante. BASQUIAT les représentaient souvent comme des guerriers.
Beaucoup de ces idoles ont eu un destin similaire à celui de BASQUIAT à cause d'une consommation excessive de drogues.















dimanche 1 janvier 2023

LES "HIÉROGLYPHES" DE BASQUIAT

 Henry Dreyfuss a publié en 1972 le recueil des symboles utilisés par les SDF et les gens de la rue (Symbol Sourcebook.) Basquiat en a pris connaissance à partir de 1982 et on voit ensuite apparaître ces signes hiéroglyphiques en 1986 dans son oeuvre. Il est donc intéressant d'en connaître la signification pour rajouter un niveau de lecture à la compréhension de l'art de BASQUIAT. C'est le cas de VICTOR 25448 par exemple.



dimanche 20 novembre 2022

BIOGRAPHIE DE BASQUIAT


Introduction 


                                       Jean-Michel Basquiat (22 décembre 1960 – 12 août  1988.) 

Basquiat s’est d’abord fait connaître comme membre du duo de graffeurs SAMO, aux côtés d’Al Diaz, grâce à ses inscriptions énigmatiques dans le Lower East Side de Manhattan à la fin des années 1970. Au début des années 1980, ses peintures sont exposées dans le monde entier. À 21 ans, Basquiat devient le plus jeune artiste à participer à la Documenta de Kassel. 

L’art de Basquiat fonctionne sur les dichotomies telles que la richesse et la pauvreté, l’intégration et la ségrégation. Il a intégré la critique sociale comme référence à ses expériences dans la communauté noire, ainsi que des attaques contre les discriminations et le racisme dans une société post-coloniale.

Depuis la mort de Basquiat à l’âge de 27 ans d’une overdose en 1988, ses œuvres n’ont cessé de prendre de la valeur. Lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s en mai 2017, Untitled, une peinture de Basquiat datant de 1982 représentant un crâne sur fond noir, s’est vendue 110,5 millions de dollars, devenant ainsi l’une des peintures les plus chères jamais achetées.


La jeunesse de Basquiat : 1960-1977

Jean-Michel Basquiat est né le 22 décembre 1960 à Park Slope, Brooklyn, deuxième des trois enfants de Matilde Basquiat (née Andrades, 1934-2008) et Gérard Basquiat (1930-2013). Ses deux sœurs plus jeunes sont : Lisane (née en 1964) et Jeanine (née en 1967). Son père est né à Port-au-Prince, en Haïti, et sa mère est née à Brooklyn de parents d’origine portoricaine.

Matilde a transmis son amour de l’art à son jeune fils en l’emmenant dans les musées d’art locaux et en l’inscrivant comme membre junior du Brooklyn Museum of Art. Basquiat est un enfant précoce qui apprend à lire et à écrire dès l’âge de quatre ans. Sa mère encourage le talent artistique de son fils, qui essaie souvent de dessiner ses dessins animés préférés. À l’âge de sept ans, en 1968, Basquiat est renversé par une voiture alors qu’il jouait dans la rue. Ses lésions internes nécessitent une splénectomie. Pendant son hospitalisation, sa mère lui apporte un exemplaire de Gray’s Anatomy pour l’occuper. Sa mère est ensuite internée dans un hôpital psychiatrique lorsqu’il a dix ans et séjournera dans de nombreuses institutions. À l’âge de onze ans, Basquiat parlait couramment le français, l’espagnol et l’anglais, et était un lecteur assidu de ces trois langues. Basquiat connaît aussi le Spanglish (mélange d’anglais et d’espagnol) et le calo, un argot mexicano-américain qui comprend de nombreux mots gitans.

Basquiat a du mal à faire face à l’instabilité de sa mère et se rebelle à l’adolescence. À 15 ans, il fugue une première fois après que son père l’a surpris en train de fumer de l’herbe dans sa chambre. Il dormait sur les bancs du Washington Square Park et prenait de l’acide.

En seconde, il s’inscrit à City-As-School, un lycée alternatif de Manhattan, qui accueille de nombreux élèves artistes ayant échoué dans l’enseignement traditionnel. Basquiat sèche les cours, mais il reçoit toujours les encouragements de ses professeurs, et il commence à écrire et à illustrer pour le journal de l’école. Avant d’être reconnu comme peintre, Basquiat a beaucoup tagué, à partir de 1977, son « blaze » (pseudonyme) de SAMO © (Same Old Shit) sur les murs de Greenwich Village, ajoutant des poésies tourmentées et absconses. La première fois que l’hebdomadaire Village Voice parle de Basquiat en 1978, c’est pour ses écrits. Basquiat est donc reconnu comme poète avant de l’être comme peintre. C’est à cette époque qu’il trouve aussi la couronne à trois pointes qui sera une marque récurrente de ses tableaux.

La biographe Phoebe Hoban a déclaré que ses premières expériences sexuelles étaient homosexuelles alors qu’il était mineur à Porto Rico ; il avait été violé oralement par un barbier déguisé en travesti, puis il s’était lié avec un DJ. Le critique d’art René Ricard, qui a contribué à lancer la carrière de Basquiat, a déclaré que Basquiat était touche-à-tout et qu’il avait « fait des passes » sur le Condado lorsqu’il vivait à Porto Rico. Adolescent, Basquiat a raconté à un ami qu’il avait travaillé comme prostitué sur la 42e rue à Manhattan lorsqu’il s’était enfui de chez lui.

Une des petites amies de Basquiat, Suzanne Mallouk, a décrit son intérêt sexuel comme « non monochromatique ». Il ne reposait pas sur une stimulation visuelle, comme une jolie fille. C’était une sexualité multichromatique très riche. Il était attiré par les gens pour toutes sortes de raisons. Ils pouvaient être des garçons, des filles, minces, gros, jolis, moches... Il était attiré par l’intelligence plus que tout et par la douleur. Il était très attiré par les gens qui portaient silencieusement une sorte de douleur intérieure comme lui, et il aimait les gens qui étaient uniques en leur genre, ceux qui avaient une vision unique des choses. » 

Street Art : 1978-1980

                                                             POSTCARDS (1979)                                                                                                                                                                                                                                                                               
En mai 1978, Basquiat et Diaz commencent à taguer les bâtiments du Lower Manhattan. Sous le pseudonyme de SAMO, ils inscrivent des slogans tels que « SAMO© AS AN ALTERNATIVE TO GOD ». En juin 1978, Basquiat est expulsé de City-As-School pour avoir entarté le directeur. Chassé par son père, il travaille pour l’Unique Clothing Warehouse à SoHo tout en continuant les graffitis la nuit.

En 1979, Basquiat apparaît dans l’émission de télévision en direct TV Party, animée par Glenn O’Brien. Basquiat et O’Brien se lient d’amitié. Il a également eu une brève relation avec le contre-ténor allemand Klaus Nomi, qui fréquentait les clubs du centre-ville.

En avril 1979, Basquiat rencontre Michael Holman à la Canal Zone Party et ils fondent le groupe de noise rock Test Pattern, plus tard rebaptisé Gray. Les autres membres de Gray sont Shannon Dawson, Nick Taylor, Wayne Clifford et Vincent Gallo. Le groupe se produit dans des boîtes de nuit comme le Max’s Kansas City, le CBGB, le Hurrah et le Mudd Club.

À cette époque, Basquiat vit dans l’East Village avec son ami Alexis Adler, diplômée en biologie de Barnard. Il copiait souvent des diagrammes de composés chimiques empruntés aux manuels de sciences d’Adler. Il a également réalisé des cartes postales avec son amie Jennifer Stein. 

Alors qu’il vend des cartes postales dans les restaurants de SoHo, Basquiat en vend deux à Warhol. Basquiat et Diaz se séparent et Basquiat inscrit « SAMO IS DEAD » sur les murs des immeubles de SoHo en 1980. Plus tard dans l’année, Basquiat commence à tourner le film indépendant d’O’Brien, Downtown 81 (sorti en 2000.) La bande-son du film comprend des enregistrements de Gray.



L’entrée dans le circuit : 1980-1985

En juin 1980, Basquiat participe à l’ exposition collective The Times Square Show. En février 1981, Basquiat participe à l’exposition New YorkNew Wave, organisée par Diego Cortez au MoMA PS1 de New York. L’artiste italien Sandro Chia recommande le travail de Basquiat au marchand italien Emilio Mazzoli, qui s’empresse d’acheter 10 tableaux pour que Basquiat puisse exposer dans sa galerie de Modène, en Italie, en mai 1981. En décembre 1981, le critique d’art René Ricard publie « The Radiant Child » dans le magazine Artforum, le premier article détaillé sur Basquiat. Pendant cette période, Basquiat peint de nombreuses pièces sur des objets de récupération (portes, frigos, etc.) Basquiat a vendu son premier tableau, Cadillac Moon (1981), à Debbie Harry, du groupe Blondie, pour 200 dollars après qu’ils ont tourné ensemble Downtown 81. Basquiat est également apparu en tant que disc- jockey dans le clip de Blondie Rapture en 1981. À l’époque, Basquiat vivait aux crochets de sa petite amie, Suzanne Mallouk.


                                                          CADILLAC MOON (1981)


En septembre 1981, le marchand d’art Annina Nosei invite Basquiat à rejoindre sa galerie pour qu’il puisse travailler dans le sous-sol. En 1982, Nosei aide Basquiat à s’installer dans un loft qui lui sert également d’atelier au 101 Crosby Street à SoHo. Basquiat présente sa première exposition personnelle américaine à la galerie Annina Nosei en mars 1982.

À l’été 1982, Bruno Bischofberger devient le représentant mondial de Basquiat. En juin 1982, Basquiat devient le plus jeune artiste à participer à la Documenta de Kassel, en Allemagne, où ses œuvres sont exposées aux côtés de Joseph Beuys, Anselm Kiefer, Gerhard Richter, Cy Twombly et Andy Warhol. Bischofberger fait en sorte que Basquiat rencontre Warhol pour un déjeuner le 4 octobre 1982. Warhol s’est souvenu que Basquiat est rentré chez lui et que, deux heures plus tard, il a ramené leur double portrait à peine sec. Le tableau, Dos Cabezas (1982), est à l’origine de leur amitié.

                                                                DOS CABEZAS

En novembre 1982, Basquiat expose à la Fun Gallery dans l’East Village. Parmi les œuvres exposées figurent A Panel of Experts (1982) et Equals Pi (1982). En décembre 1982, Basquiat commence à travailler chez le marchand d’art Larry Gagosian, à Venice, en Californie. Il est accompagné de sa petite amie, la chanteuse Madonna, alors inconnue. Gagosian se souvient : « Tout se passait bien. Jean-Michel faisait des tableaux, je les vendais, et nous nous amusions beaucoup. Mais un jour, Jean-Michel m’a dit : « Ma petite amie vient habiter chez moi. Alors j’ai dit : « Comment est-elle ? Et il m’a dit : « Elle s’appelle Madonna et elle va être énorme. Je n’oublierai jamais qu’il a dit ça. »

Pendant son séjour à Los Angeles, Basquiat peint Hollywood Africans (1983), qui le représente avec les graffeurs Toxic et Rammellzee. Basquiat peint souvent des portraits d’autres graffeurs – et parfois de

                                                             EQUALS PI (1982)
                                                             

collaborateurs – dans des œuvres telles que Portrait of A-One A.K.A. King (1982), Toxic (1984) et ERO (1984). En 1983, Basquiat produit le disque hip-hop « Beat Bop » avec Rammellzee et le rappeur K-Rob et crée la pochette du single.

Paige Powell, rédactrice en chef du magazine Interview, organise une exposition des œuvres de Basquiat dans son appartement en avril 1983. À peu près à la même époque, Basquiat entame une relation avec Powell, qui joue un rôle déterminant dans l’établissement de son amitié avec Warhol. En août 1983, Basquiat s’installe dans un loft appartenant à Warhol au 57 Great Jones Street à NoHo, qui lui sert également de studio.

Au cours de l’été 1983, Basquiat invite Lee Jaffe, un ancien musicien du groupe de Bob Marley, à le rejoindre pour un voyage en Asie et en Europe. À son retour à New York, il est profondément affecté par la mort de Michael Stewart, un artiste noir du centre-ville, tué par la police des transports en commun en septembre 1983. Il peint Defacement (The Death of Michael Stewart) (1983) en réponse à ce lynchage. En mai 1984, Basquiat a sa première exposition à la galerie Mary Boone à SoHo.

En 1984 et 1985 commence la collaboration entre Warhol et Basquiat. Warhol partait de ses sérigraphies ou d’une image reconnaissable, puis Basquiat intervenait librement. À la suite de leur exposition commune, Paintings, à la Tony Shafrazi Gallery, Basquiat se fâche avec Warhol comme il avait été traité de « mascotte de Warhol » par les critiques d’art.

Au milieu des années 80, Basquiat gagnait 1,4 million de dollars par an et recevait des avances de 40 000 dollars de la part de galéristes. Cependant : « Plus Basquiat gagne de l’argent, plus il devient paranoïaque et s’adonne à la drogue », écrit le journaliste Michael Shnayerson. La consommation de cocaïne de Basquiat est devenue si excessive qu’il s’est fait un trou dans la cloison nasale. Il consomme également de l’héroïne.


                                                          DEFACEMENT (1983)


Les icônes


                                                                  CHARLES THE FIRST

Basquiat a fréquemment représenté des personnages noirs de premier plan. Il en souligne l’importance avec la présence de couronnes et d’auréoles pour les distinguer. Pour Basquiat, ces héros et ces saints sont des guerriers, parfois triomphants, les bras levés en signe de victoire.

Basquiat était particulièrement fan de bebop et citait le saxophoniste Charlie Parker comme un héros. Il a souvent fait référence à « Bird » et à d’autres musiciens de jazz dans des tableaux tels que Charles the First (1982) et Horn Players (1983), et King Zulu (1986). Le bebop rapide de Thelonious Monk, de Charlie Parker et de Dizzy Gillespie sous-tend toute l’œuvre de Basquiat. Basquiat écrit et peint sur ses tableaux d’une façon syncopée qui rappelle le scat, cette forme d’improvisation vocale où les onomatopées remplacent les paroles. Les PRKR et CPRKR qui apparaissent dans Now’s the Time (1985) désignent ainsi Parker et Charlie Parker, alias « Yardbird » ou « Bird ». Dans Grain Alcohol (1983), MLSDVS est Miles Davis, DZYGLPSE Dizzy Gilespie, et MX RCH Max Roach. Toute la peinture de Basquiat est une improvisation jazzistique qui ne cesse de parler de jazz : Charles the First (1982); CPRKR (1982), Discography One (1983) ; Discography Two (1983) ; Horn Players (1983) ; Lye (1983), qui fait référence à Nat King Cole; Trumpet (1984); Max Roach (1984); Ellington (1985) ; King Zulu (1986) ; Jazz (1986) ; In the Wings (1986), sur lequel apparaît « Prez » (President), surnom de Lester Young. 



                                                                       BOXER


Le monde de la boxe fascine Basquiat. Saint Joe Louis Surrounded by Snakes (1982) rend hommage à son idole Joe Louis alias le « Bombardier brun », Sugar Ray Robinson (1982) évoque le « plus grand boxeur de l'histoire ».

Basquiat peint lui-même comme un boxeur : ses coups de pinceau sont des directs, des crochets et des uppercuts qui laissent l’amateur d’art KO.



Anatomie

L’une des principales sources utilisées par Basquiat est le livre Gray’s Anatomy, que sa mère lui avait offert alors qu’il était à l’hôpital à l’âge de sept ans. On le constate dans ses représentations de l’anatomie humaine et dans son ajout de textes, comme dans Flesh and Spirit (1982-83). L’historien de l’art Olivier Berggruen voit dans les sérigraphies anatomiques de Basquiat, Anatomy (1982), une affirmation de vulnérabilité, qui « crée une esthétique du corps endommagé, cicatrisé, fragmenté, incomplet ou déchiré, une fois que le tout organique a disparu. Paradoxalement, c’est l’acte même de créer ces représentations qui évoque une valence corporelle positive entre l’artiste et son sentiment de soi ou d’identité. » Les personnages de ses tableaux, comme le dit l’écrivain Stephen Metcalf, « sont montrés de face, avec peu ou pas de profondeur de champ, et les nerfs et les organes sont exposés, comme dans un manuel d’anatomie. On se demande si ces créatures sont mortes et font l’objet d’une dissection clinique, ou si elles sont vivantes et souffrent énormément. »
Basquiat est obsédé par l’anatomie et les fluides corporels, comme dans Pharynx (1985), où sont écrits les mots Blood, Feces, Urine, Mucos, Bile. In Italian (1983) est aussi recouvert de références médicales : Sangre, Corpus, Diagram of the Heart Pumping, Blood, Teeth. Basquiat aime bien représenter l’intérieur des corps, comme dans Versus Medici (1982) ou Grazing – Soup to Nuts, MGM – 1930 (1983) où il ne cache respectivement rien des intestins d’un homme et d’un dinosaure.
En 1982, Basquiat lance un portfolio de sérigraphies intitulé Anatomy, ce qui prouve bien que ce thème ne cesse de traverser son œuvre. En même temps, le titre d’Agony of the Feet (1982) montre bien qu’il se rend compte de sa monomanie anatomique et qu’il la traite avec son habituelle autodérision.



Héritage culturel

L’héritage culturel multiple de Basquiat était l’une de ses nombreuses sources d’inspiration. Il a souvent intégré des mots espagnols dans ses œuvres, comme Untitled (Pollo Frito) (1982) et Sabado por la Noche (1984). La Hara (1981) de Basquiat, portrait menaçant d’un officier de police blanc, combine le terme d’argot latino newyorkais pour désigner la police (« la jara ») et le nom de famille irlandais O’Hara, étant donné les nombreux Irlandais dans la police de New York. Le personnage au chapeau noir qui apparaît dans ses tableaux The Guilt of Gold Teeth (1982) et Despues De Un Puno (1987) est censé représenter Baron Samedi, l’esprit des morts du vaudou haïtien.
Jean-Michel n’oublie pas que son père Gérard est né à Port-au-Prince. Il s’intéresse donc à Haïti et au vaudou, ce dernier étant pour lui une autre façon d’aborder la négritude. Le griot qui apparaît dans Gold Griot (1984) prend dans Grillo (1984), la forme d’Ogun, esprit vaudou de la guerre et du feu. Ses attributs traditionnels sont rappelés par les mots « fer » et « lame ».
Sans que cela ne nous étonne, Basquiat traite le vaudou haïtien avec un mélange de respect et de moquerie, l’abordant à la fois comme la vénérable religion de ses ancêtres, et comme un cliché pour Blancs à base de magie noire, de zombies, et de Baron Samedi, l’esprit vaudou des morts.
Dans To repel Ghosts (1986), il faut ainsi repérer le discret TM (Trade Mark) pour comprendre que chasser les fantômes est (aussi) une entreprise commerciale.
Gris Gris (1986) est tout autant un fétiche africain que la « poupée vaudou » des rituels de conjuration. L’humour noir de Basquiat est présent dans Despues de un Puno (1987), où « après un coup de poing » (titre du tableau), on finit par rencontrer un squelette en haut-de-forme qui n’est autre que Baron Samedi. Dans The Guilt of gold Teeth (1982), ce Baron Samedi est un vampire de film d’horreur ou un Picsou de bande dessinée, cette équation Baron Samedi = baron du capitalisme apparaissant aussi dans Slave Auction (1982). Le tableau le plus représentatif de l’intérêt de Basquiat pour le vaudou haïtien est Exu (1988), où l’esprit apparaît sous les traits typiques d’une divinité cornue. Basquiat n’ignore pas que les missionnaires se sont particulièrement acharnés sur Exu, trop vite assimilé au diable de l’Occident. Sa peinture est donc à la fois une exaltation des valeurs de la religion vaudou, et une critique de l’intolérance.




                                                               SLAVE AUCTION


Basquiat traite aussi de l’histoire afro-américaine, avec Slave Auction (1982), Undiscovered Genius of the Mississippi Delta (1983), Untitled (History of the Black People) (1983) et Jim Crow (1986). Une autre peinture, Irony of Negro Policeman (1981), illustre la façon dont les Afro-Américains ont été contrôlés par une société majoritairement blanche.
Basquiat s’interroge systématiquement dans ses peintures sur la vie des Noirs dans un monde de Blancs, sur l’afro-américanisme, sur la négritude et sur le racisme. Irony of the Negro Policeman (1981) résume bien la position de Basquiat : est-ce l’ironie que le Noir éprouve à se retrouver policier au milieu des Blancs ? Est- ce l’ironie que les Blancs ressentent à l’égard de ce Noir devenu policier ? Est-ce l’ironie que les Noirs ressentent à l’égard de ce Noir qui travaille avec les Blancs ? De même Famous Negro (1981), qui montre un squelette de Noir lynché, est une dénonciation de l’expression raciste selon laquelle un bon Noir serait un Noir mort. Basquiat ne cesse d’interroger le racisme et l’histoire de l’esclavage : Jim Crow (1986) évoque les lois ségrégationnistes du même nom qui n’ont été abolies que dans les années 1960, Mississipi (1982) la région où ces lois ont été appliquées avec une grande sévérité. Potomac (1985) rappelle que le fleuve marquait la limite entre l’Union et les Etats Confédérés, Slave Auction (1982) dénonce les ventes d’esclaves. Toussaint Louverture versus Savonarola (1983) parle de la libération des esclaves haïtiens par le leader noir. Une peinture de 1986 s’appelle tout simplement Black (Noir). Maid from Olympia (1982), qui ne reprend du célèbre tableau de Manet que la figure noire, est à la fois un hommage à l’art occidental et une critique de celui-ci, ce dernier n’étant capable de représenter les Noirs qu’en tant qu’esclaves :,« J’utilise le Noir comme protagoniste principal de toutes mes peintures. Les Noirs ne sont jamais portraiturés d’une manière réaliste, pas même portraiturés dans l’art moderne, et je suis heureux de le faire. » Basquiat exalte donc avec bonheur toutes les vertus des Noirs, grâce à tout un panthéon des héros de la négritude, sportifs ou leaders politiques : Hank Aaron, Jackie Robinson, Jesse Owens, Jersey Joe Walcott, Langston Hughes, Malcom X, Marcus Garvey...
 
Les dessins de Léonard de Vinci et la Joconde exercent un fort attrait sur Basquiat. Cette admiration se traduit soit explicitement comme dans Leonardo da Vinci’s Greatest Hits (1982), Lye (1983) où est représentée une Joconde, Mona Lisa (1983) ou Leonardo da Vinci (1986), soit de manière plus implicite, comme dans Riding with Death (1988), où les diverses couches de peinture cachent une esquisse tirée d’un carnet de l’artiste de la Renaissance. Il pourrait paraître étonnant de voir un artiste comme Basquiat revendiquer l’héritage de Léonard de Vinci. En fait, Basquiat en particulier et tous les artistes new-yorkais des années 80 considèrent que l’art occidental moderne est mort et qu’ils sont donc les artisans d’une Renaissance de l’art contemporain.


Le marché de l’art 


Depuis la mort de Basquiat en 1988, le marché de ses œuvres s’est développé de manière régulière – en accord avec les tendances générales du marché de l’art – avec un pic spectaculaire en 2007 lorsque, au plus fort du boom du marché de l’art, le volume global des enchères pour ses œuvres a dépassé 115 millions de dollars. Jusqu’en 2002, le montant le plus élevé payé pour une œuvre originale de Basquiat était de 3,3 millions de dollars pour Autoportrait (1982), vendu chez Christie’s en 1998. En 2002, l’œuvre Profit I (1982) de Basquiat a été vendue chez Christie’s 5,5 millions de dollars. Entre 2007 et 2012, le prix des œuvres de Basquiat a continué à augmenter régulièrement jusqu’à 16,3 millions de dollars. La vente de Untitled (1981) pour 20,1 millions de dollars en 2012 a accéléré les choses. Rapidement, d’autres œuvres ont dépassé ce record. En mai 2013, Dustheads (1982) s’est vendu pour 48,8 millions de dollars chez Christie’s. En mai 2016, Untitled (1982), représentant un diable, a été vendu chez Christie’s pour 57,3 millions de dollars. En mai 2017, Untitled (1982) de Basquiat, le crâne noir avec des lignes rouges et jaunes, atteint un montant record de 110,5 millions de dollars. En mai 2021, In This Case (1983) est vendu 93,1 millions de dollars chez Christie’s à New York. En décembre 2021, son tableau Donut Revenge (1982) s’est vendu 20,9 millions de dollars chez Christie’s à Hong Kong.



                                                                  IN THIS CASE



Cinéma

 Basquiat a joué dans Downtown 81, un documentaire écrit par Glenn O’Brien et tourné par Edo Bertoglio en 1981, sorti en 2000. En 1996, un film biographique intitulé Basquiat est sorti, réalisé et écrit par Julian Schnabel. L’acteur Jeffrey Wright jouait le rôle de Basquiat et David Bowie celui d’Andy Warhol. Le film documentaire de 2009 Jean-Michel Basquiat : The Radiant Child, réalisé par Tamra Davis, a été présenté en avant-première au festival du film Sundance 2010. En 2017, Sara Driver a réalisé le film documentaire Boom for Real : The Late Teenage Years of Jean-Michel Basquiat, dont la première a eu lieu au Festival international du film de Toronto 2017. En 2018, PBS a diffusé un documentaire de 90 minutes sur Basquiat dans le cadre de la série American Masters, intitulé Basquiat : Rage to Riches.





Musique

La pratique de Basquiat s’apparente beaucoup à celle du Disc Jockey (DJ) et du Master of Ceremony (MC) typiques de ce milieu. En 1982, Basquiat a d’ailleurs été DJ dans les clubs de Manhattan et a même produit un album de rap, Beat Box, en 1983.

Le DJ utilise des disques dont il n’a pas écrit une seule note comme un instrument, déforme totalement leur son original par la technique du « scratching » (apparu à New York en 1981 pour l’album The Adventures of the Wheels of Steel de Grandmaster Flash), et crée ainsi une œuvre entièrement nouvelle. De même, Basquiat recycle une histoire de la peinture occidentale dont il se sent exclu, lui appliquant une distorsion violente et la remixant pour mieux la régénérer. Quant au MC, c’est le chanteur ou rappeur qui tord les mots pour mieux les faire entendre : il suffit de voir les mots biffés par Basquiat sur les toiles pour y voir une démarche similaire.




La fin du voyage : 1986-1988

Basquiat retourne à Los Angeles pour son exposition à la Gagosian Gallery en janvier 1986. En février 1986,, il expose ses dessins à la Fay Gold Gallery à Atlanta, en Géorgie. En été, il expose à la Galerie Thaddaeus Ropac à Salzbourg. À l’automne, il défile pour Rei Kawakubo lors du défilé Comme des Garçons Homme Plus à Paris. En octobre 1986, Basquiat se rend en Côte d’Ivoire pour une exposition de ses œuvres à l’Institut culturel français d’Abidjan, en compagnie de Jennifer Goode. En novembre 1986, il expose à la Kestner-Gesellschaft de Hanovre.

Au cours de leur relation, Goode a commencé à sniffer de l’héroïne avec Basquiat. Fin 1986, ils essaient ensemble une cure de désintoxication, en vain. Au cours des 18 derniers mois de sa vie, Basquiat vit seul et sa consommation continue de drogue semble aussi un moyen de faire face à la mort de son ami Andy Warhol en février 1987.

En 1987, Basquiat expose à la Galerie Daniel Templon à Paris, à la Galerie Akira Ikeda à Tokyo et à la Galerie Tony Shafrazi à New York.

Dans le milieu artistique du New York des années 80, c’est l’hécatombe. Une conséquence inattendue de cette époque est un renouveau contemporain des « danses macabres » et des « vanités ». Le « memento mori » et l’« ars moriendi » reviennent en force. Le SIDA redonne en quelque sorte, tout comme la peste noire au Moyen Âge, de la force à l'art macabre: ainsi, Mapplethorpe, victime du SIDA, photographie plusieurs fois des crânes. Basquiat s’inscrit dans cette veine avec Skull (1981), parfois nommé Head, qui est à la fois un crâne typique des vanités occidentales, un crâne surmodelé caractéristique des arts premiers, et une représentation anatomique avec ses nerfs et ses vaisseaux. Red Skull (1982) présente aussi ce caractère de vanité.




Riding with Death (1988) est une danse macabre dont l’humour n’est pas absent : selon une convention (pas toujours suivie dans les faits) de la statue équestre, le membre avant droit de la « Mort-cheval » signifierait par sa position que Basquiat se considère comme «assassiné par ses ennemis en dehors du champ de bataille »... ce qui n’est pas dénué d’un certain humour noir : dans ses dernières années, Basquiat pensait que son entourage ne le fréquentait que pour lui voler ses tableaux et les revendre à des prix faramineux sur le marché de l’art. Jusqu’à la fin, Basquiat n’a donc cessé de chevaucher avec la Mort...

En janvier 1988, Basquiat se rend à Paris pour son exposition à la galerie Yvon Lambert et à Düsseldorf pour une exposition à la galerie Hans Mayer. Après une exposition à la galerie Vrej Baghoomian à New York en avril 1988, Basquiat se rend à Maui (Hawaïi) en juin 1988. À son retour, Basquiat pense qu’il s’est enfin débarrassé de son addiction. Glenn O’Brien se souvient également que Basquiat l’a appelé pour lui dire qu’il se « sentait vraiment bien ». Malgré tout, Basquiat meurt à l’âge de 27 ans d’une overdose de speedball (cocktail d'héroïne et de cocaïne) à son domicile de Great Jones Street à Manhattan le 12 août 1988. Il est trouvé inconscient dans sa chambre par sa petite amie Kelle Inman et est transporté au Cabrini Medical Center, où il est déclaré mort à son arrivée. Basquiat est enterré au cimetière Green-Wood de Brooklyn.







dimanche 17 juillet 2022

 


BASQUIAT ET LA BANDE DESSINÉE 





BASQUIAT & LA BANDE DESSINÉE, LES « COMICS »

Basquiat a grandi dans les années 1960-70 à New York, à l’époque où les comics dominaient la culture populaire. Il vivait et travaillait avec la télévision qui diffusait des dessins animés en permanence
Comme chez son ami Keith Haring, les comics ont influencé son style graphique, ses personnages et son énergie visuelle.
Basquiat reprend plusieurs éléments typiques des comics : les contours épais et noirs rappelant l’encrage des planches , un dessin rapide et nerveux, proche du croquis de bande dessinée et un mélange constant texte / image.
Mais aussi des personnages caricaturaux avec des têtes disproportionnées, une écriture intégrée à l’image comme dans les bulles ou les onomatopées (« BANG, POW, CRASH ».)
Ses œuvres ressemblent parfois à des fragments de pages de BD éclatées sur la toile.
Ses tableaux ressemblent souvent à des planches de BD avec des cases narratives fragmentées, des dessins répétés : par exemple dans « Charles the First » (1982) ou « Hollywood Africans » (1983.)

Il faut aussi mentionner la présence de super-héros comme Batman, Spiderman, Hulk, Superman, les personnages de Disney, ses personnages noirs et ses boxeurs couronnés qui deviennent des super-héros alternatifs. 

En créant ce langage visuel, mêlé au graffiti et à l’histoire sociale, il génère une peinture à la fois populaire, critique et très contemporaine.



MAGIC WORMS, dessin de 1984, réunit plusieurs éléments culturels chers à Basquiat, qu’il trouvait dans la lecture de dans la presse écrite, aussi bien la publicité, les « cartoons » et « comics », bandes dessinées bon marché dont il était friand. On y trouve comme toujours des références à l’histoire, l’anatomie, l’architecture classique, qu’il énumère sous forme de liste.
Il fait aussi un clin d’oeil au jazz avec le mot « Crazology » extrait du titre de l’album Crazeology de Charlie Parker des musiciens favoris.
Un des amis de Basquiat a écrit qu’il dévorait tout les écrits, les photos  et les images qui lui tombaient sous la main pour les digérer et les restituer en une nouvelle expression étonnante ; il travaillait aussi avec son téléviseur allumé en permanence : 


“He ate up every image, every word, every bit of data,” Glenn O’Brien has written, “and he he processed it all . . . into a bebop cubist pop art cartoon gospel that synthesized the whole overload we lived under into something that made an astonishing new sense”. (Glenn O’Brien, quoted in Dieter Buchhart, ed., Basquiat: Boom for Real, Barbican Art Gallery, London, 2017, p. 189) 

Basquiat a dit utiliser les mots dans ses oeuvres comme des touches de peinture. Il essayait de remettre de l’ordre dans cette cacophonie de données « multimedia. »

 Exemples de page de petites annonces et de bandes dessinées dont s’est inspiré Basquiat pour Magic Worms :






SCHÉMA D'ANALYSE DE « MAGIC WORMS » :



                                                                                                                                                                           

« MAGIC WORMS » est aussi la « Pierre de Rosetta » de Basquiat, son lexique et sa syntaxe en quelque sorte. Ce dessin annonce « ONION GUM 2 » (1985) « ONION GUM 1» (1983), « UNTITLED (MAGIC WORMS)» (1984), « MT » (1984), « ALTO SAXOPHONE » (1986).                                                           

Les éléments décrits étaient présents dans deux cartes postales peintes par Basquiat en 1978  :                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           










THE COMIC BOOK (BASQUIAT 1978)







dimanche 3 juillet 2022

Dany LAFERRIÈRE de l'Académie française à propos des derniers mois de Basquiat (in Autoportrait de Paris avec chat. Grasset 2018.)

 « Je marche sans rime ni raison dans Paris pour tomber sur une affiche annonçant une grande rétrospective de Basquiat. Il était venu à ma soirée dernièrement, au studio 201, avec son ami Warhol. (…) Je voulais le rencontrer à New York vers la fin des années 80 mais on m’a dit que c’était impossible car la drogue l’avais rongé jusqu’à l’os.

Vers la fin Basquiat faisait presque du faux Basquiat c’est à dire que les dernières oeuvres n’étaient pas à la hauteur de ses débuts étincelants. L’impression que sa mort était une forme de suicide. Il n’avait plus aucun contact avec le réel.

Il tombait lentement et tout le monde le regardait faire. Cette mort lente, cette infernale autodestruction était liée à ce talent ahurissant (…)

Basquiat était épuisé et avait besoin de changer d’air. L’air des galéristes, de collectionneurs, des critiques, des mondains, des faux amis ne lui allait plus. Warhol est mort. Mais où pouvait-il aller ?


Je pensais à l’époque pouvoir lui signaler un chemin. Lui faire connaître les peintres de Saint-Soleil que Malraux a rencontrés en 1974 après avoir vu un petit cimetière peint par des paysans haïtiens. Les couleurs étaient si rieuses, si ensoleillées que Malraux a pensé que ces peintres devaient connaître un chemin moins douloureux et plus sûr pour aller au pays sans chapeau.

Malraux a conversé longuement avec ces peintres que Tiga et Maud Robart avaient mis en scène.


Je crois que Tiga voulait traduire ce que les peintres créolophones avaient dit mais Malraux l’avait arrêté net en criant presque : « Je comprends. » En effet, il les comprenait, pas les mots bien entendu, les toiles, leur univers, ce qu’ils voulaient lui faire comprendre. Il était reparti plus serein qu’à son arrivée.

André Malraux est mort deux ans plus tard après avoir fait connaître ces peintres paysans dans le monde entier. À sa mort on a vu les peintres descendre des montagnes avec chacun un tableau sur la tête. C’était l’hommage qu’ils rendaient au « chaman » qui les avait visités et sur le visage de qui ils avaient enlevé les myriades de tics qui cachaient sa beauté sereine.


Je voulais raconter cette histoire à Basquiat, sauf la partie célébrité car ce n’était pas le moment.

Je voulais lui dire qu’il y avait un pays où l’on pouvait peindre sans se faire emmerder, un pays où la peinture était un art aussi populaire que le football. On ne gagnait pas gros à peindre mais on avait la paix et on mourait serein. On n’avait besoin d’aucune drogue pour franchir la barrière et si ces peintres étaient moins angoissés que certaines stars du nord c’est parce que leur art n’avait pas besoin d’être intoxiqué pour toucher au plexus celui qui le regardait. (…) »



                                               Dany LAFERRIÈRE in Autoportrait de Paris avec chat. Grasset 2018.






BASQUIAT & LES OBJETS PEINTS

  "LAST SUPPER" BASQUIAT & LES OBJETS PEINTS Jean-Michel Basquiat a souvent peint SUR des objets du quotidien, de telle sorte ...