TOUT L'OEUVRE de Jean-Michel BASQUIAT

dimanche 3 juillet 2022

Dany LAFERRIÈRE de l'Académie française à propos des derniers mois de Basquiat (in Autoportrait de Paris avec chat. Grasset 2018.)

 « Je marche sans rime ni raison dans Paris pour tomber sur une affiche annonçant une grande rétrospective de Basquiat. Il était venu à ma soirée dernièrement, au studio 201, avec son ami Warhol. (…) Je voulais le rencontrer à New York vers la fin des années 80 mais on m’a dit que c’était impossible car la drogue l’avais rongé jusqu’à l’os.

Vers la fin Basquiat faisait presque du faux Basquiat c’est à dire que les dernières oeuvres n’étaient pas à la hauteur de ses débuts étincelants. L’impression que sa mort était une forme de suicide. Il n’avait plus aucun contact avec le réel.

Il tombait lentement et tout le monde le regardait faire. Cette mort lente, cette infernale autodestruction était liée à ce talent ahurissant (…)

Basquiat était épuisé et avait besoin de changer d’air. L’air des galéristes, de collectionneurs, des critiques, des mondains, des faux amis ne lui allait plus. Warhol est mort. Mais où pouvait-il aller ?


Je pensais à l’époque pouvoir lui signaler un chemin. Lui faire connaître les peintres de Saint-Soleil que Malraux a rencontrés en 1974 après avoir vu un petit cimetière peint par des paysans haïtiens. Les couleurs étaient si rieuses, si ensoleillées que Malraux a pensé que ces peintres devaient connaître un chemin moins douloureux et plus sûr pour aller au pays sans chapeau.

Malraux a conversé longuement avec ces peintres que Tiga et Maud Robart avaient mis en scène.


Je crois que Tiga voulait traduire ce que les peintres créolophones avaient dit mais Malraux l’avait arrêté net en criant presque : « Je comprends. » En effet, il les comprenait, pas les mots bien entendu, les toiles, leur univers, ce qu’ils voulaient lui faire comprendre. Il était reparti plus serein qu’à son arrivée.

André Malraux est mort deux ans plus tard après avoir fait connaître ces peintres paysans dans le monde entier. À sa mort on a vu les peintres descendre des montagnes avec chacun un tableau sur la tête. C’était l’hommage qu’ils rendaient au « chaman » qui les avait visités et sur le visage de qui ils avaient enlevé les myriades de tics qui cachaient sa beauté sereine.


Je voulais raconter cette histoire à Basquiat, sauf la partie célébrité car ce n’était pas le moment.

Je voulais lui dire qu’il y avait un pays où l’on pouvait peindre sans se faire emmerder, un pays où la peinture était un art aussi populaire que le football. On ne gagnait pas gros à peindre mais on avait la paix et on mourait serein. On n’avait besoin d’aucune drogue pour franchir la barrière et si ces peintres étaient moins angoissés que certaines stars du nord c’est parce que leur art n’avait pas besoin d’être intoxiqué pour toucher au plexus celui qui le regardait. (…) »



                                               Dany LAFERRIÈRE in Autoportrait de Paris avec chat. Grasset 2018.






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