Le corps, la mort et la violence chez BASQUIAT
Le corps : un champ de bataille
Chez Basquiat, le corps est presque toujours fragmenté, disséqué. Inspiré par son enfance passée à feuilleter Gray’s Anatomy après un grave accident, il représente des corps ouverts, des squelettes, des organes apparents.
Ce corps n’est pas idéalisé, il est vulnérable, déformé, marqué par la souffrance. Il devient ainsi le support des violences sociales, notamment celles infligées aux corps noirs dans l’histoire occidentale. Basquiat montre un corps exposé, contrôlé, parfois réduit à un objet scientifique ou marchand.
La mort : omniprésente et obsessionnelle
La mort traverse toute l’œuvre de Basquiat. Elle apparaît sous forme de squelettes, crânes, figures fantomatiques, mots répétés (« death », « perish », « fatal »), références à des morts violentes (lynchages, boxeurs morts, héros noirs oubliés).
La mort n’est jamais paisible : elle est brutale, injuste, prématurée. Elle reflète à la fois l’histoire tragique des Afro-Américains, la violence urbaine du New York des années 1980
et une dimension autobiographique (drogue, célébrité, autodestruction).
La violence : sociale, raciale et symbolique
La violence chez Basquiat n’est pas seulement physique. Elle est aussi raciale : dénonciation du racisme, de l’esclavage, de la domination blanche. Elle est historique : figures noires héroïques effacées ou humiliées. Enfin est est symbolique : mots barrés, couronnes ironiques, dessins agressifs.
Le style même de Basquiat est violent, traits nerveux, couleurs crues, accumulation chaotique de signes et de textes.
Cette violence formelle traduit une urgence, une colère, une impossibilité de se taire.
Une œuvre de résistance
En exposant le corps noir meurtri, menacé, mais aussi couronné, Basquiat résiste à l’effacement.
Ses célèbres couronnes ne glorifient pas le pouvoir, elles réhabilitent des corps condamnés, invisibilisés ou morts trop tôt.
Ainsi, le corps, la mort et la violence ne sont pas seulement des thèmes, ils sont des outils de critique, une manière de rendre visible ce que l’histoire officielle cherche à cacher.