Les voyages de BASQUIAT
Basquiat effectue plusieurs séjours à Paris au début des années 1980 ainsi qu’en Italie (Modène en 1982 et Milan.) Il y travaille notamment dans un atelier mis à disposition par le marchand Bruno Bischofberger.La capitale française influence son imaginaire, notamment la figure du héros noir dans une ville blanche.
1983 : Suisse, Allemagne et Italie, sous la houlette de Bruno Bischofberger et de Warhol.
Montréal et Tokyo (1984) figurent parmi les destinations où il accompagne certaines expositions, le Japon est une étape marquante. 1987 : Londres. 1988 : le dernier voyage, à Hawaï, où il essaie de se sevrer et de se rétablir.
Mais globalement, Basquiat reste très attaché à New York, qu’il considère comme le centre de sa vie artistique.
Le voyage intérieur : Créer les mythes qui n’existent pas pour réparer une absence.
Basquiat mène un voyage plus intime, le voyage “intérieur” de Jean-Michel Basquiat est peut-être la dimension la plus profonde de son œuvre : un mouvement continu fait d’identité, de mémoire, de douleur, de révolte et de quête de légitimité artistique.
Une exploration constante de son identité — noire, caribéenne, américaine — dans un monde artistique dominé par des artistes blancs. Le corps humain et l’anatomie deviennent des espaces intérieurs fondamentaux, vers l’essence de l’humain.
On peut aussi citer une recherche esthétique frénétique, presque nomade : changement rapide de styles, de symboles, de techniques en refusant d’être enfermé dans une seule case.
Le langage comme espace mental : mots répétitifs et barrés, listes, collisions de langues, intertexte, publicités et slogans qui lui permettent de voyager dans sa propre bibliothèque intérieure et son « moi » éclaté.
La toile permet à BASQUIAT une recomposition psychique, la couronne est un surmoi réparateur : « Si le monde ne me nomme pas comme sujet, je me couronne moi-même. »
Le geste du graffiti (époque SAMO, fin des années 70) renvoie à une écriture préhistorique, pulsionnelle, rapide, liée : à l’acte, à la trace, à la pulsion de marquer le monde avec ses tags.
Freud parlait de « geste originaire » dans lequel le sujet inscrit sa présence. Chez Basquiat, cet acte primitif est un antidote à l’invisibilisation : inscrire son nom, c’est survivre.
Basquiat se situe dans un conflit permanent entre : le désir (créer, exister, crier, être aimé, être reconnu) et la Loi : les règles du marché de l’art, les codes sociaux, le racisme institutionnel, les attentes de Warhol, la pression de la célébrité. Ce tiraillement génère : une tension pulsionnelle constante, un rapport conflictuel avec l’autorité, une oscillation entre toute-puissance et effondrement.
Son œuvre devient alors un journal inconscient, une autopsie du Moi, une mythologie réparatrice et une lutte contre l’effacement.