BASQUIAT & L’EGYPTE
L’Égypte comme pivot de l’africanité
Pour Basquiat, l’Égypte ancienne représentait la preuve visible d’une grandeur noire et africaine souvent occultée dans les récits occidentaux. Elle lui permettait de :
- Réinscrire l’Afrique dans une histoire civilisationnelle puissante
- Déconstruire les préjugés racistes qui associent l’Afrique au primitivisme
- Se situer lui-même dans une lignée culturelle valorisante.
Le profil « hiéroglyphique »
Dans plusieurs œuvres — Nile, Per Capita, dessins de 1981–1983 — Basquiat utilise des figures de profil, très simples, proches des silhouettes des fresques égyptiennes. Ce style lui permet : d’inscrire ses personnages dans une tradition picturale antique, de créer des « archétypes » noirs, et d’évoquer la continuité culturelle Afrique → Caraïbes → diaspora.
L’écriture comme hiéroglyphe moderne
Ses mots barrés, listes, répétitions, diagrammes, sont interprétés par certains critiques comme des hiéroglyphes contemporains, une écriture visuelle autonome, qui agit autant par la forme que par le sens.
La royauté : couronnes et pharaons
La célèbre couronne à trois pointes de Basquiat évoque la royauté — non seulement américaine (les héros noirs comme Charlie Parker, Joe Louis, Jesse Owens), mais aussi pharaonique : un symbole de souveraineté noire réappropriée. Basquiat connaissait les discours occidentaux qui tentaient de « blanchir » l’Égypte ancienne. Il oppose à cela une vision affirmée de l’Égypte comme une civilisation africaine, un modèle intellectuel et artistique, et un héritage dont les Afro-descendants peuvent être fiers.
Création et pouvoir
En s’appropriant les codes visuels de l’Égypte, Basquiat affirme symboliquement :
- sa propre souveraineté artistique,
- son inscription dans une généalogie prestigieuse,
- une forme d’autonomisation culturelle face à un marché dominé par des institutions blanches.







