TOUT L'OEUVRE de Jean-Michel BASQUIAT

dimanche 17 juillet 2022

 


BASQUIAT ET LA BANDE DESSINÉE 





BASQUIAT & LA BANDE DESSINÉE, LES « COMICS »

Basquiat a grandi dans les années 1960-70 à New York, à l’époque où les comics dominaient la culture populaire. Il vivait et travaillait avec la télévision qui diffusait des dessins animés en permanence
Comme chez son ami Keith Haring, les comics ont influencé son style graphique, ses personnages et son énergie visuelle.
Basquiat reprend plusieurs éléments typiques des comics : les contours épais et noirs rappelant l’encrage des planches , un dessin rapide et nerveux, proche du croquis de bande dessinée et un mélange constant texte / image.
Mais aussi des personnages caricaturaux avec des têtes disproportionnées, une écriture intégrée à l’image comme dans les bulles ou les onomatopées (« BANG, POW, CRASH ».)
Ses œuvres ressemblent parfois à des fragments de pages de BD éclatées sur la toile.
Ses tableaux ressemblent souvent à des planches de BD avec des cases narratives fragmentées, des dessins répétés : par exemple dans « Charles the First » (1982) ou « Hollywood Africans » (1983.)

Il faut aussi mentionner la présence de super-héros comme Batman, Spiderman, Hulk, Superman, les personnages de Disney, ses personnages noirs et ses boxeurs couronnés qui deviennent des super-héros alternatifs. 

En créant ce langage visuel, mêlé au graffiti et à l’histoire sociale, il génère une peinture à la fois populaire, critique et très contemporaine.



MAGIC WORMS, dessin de 1984, réunit plusieurs éléments culturels chers à Basquiat, qu’il trouvait dans la lecture de dans la presse écrite, aussi bien la publicité, les « cartoons » et « comics », bandes dessinées bon marché dont il était friand. On y trouve comme toujours des références à l’histoire, l’anatomie, l’architecture classique, qu’il énumère sous forme de liste.
Il fait aussi un clin d’oeil au jazz avec le mot « Crazology » extrait du titre de l’album Crazeology de Charlie Parker des musiciens favoris.
Un des amis de Basquiat a écrit qu’il dévorait tout les écrits, les photos  et les images qui lui tombaient sous la main pour les digérer et les restituer en une nouvelle expression étonnante ; il travaillait aussi avec son téléviseur allumé en permanence : 


“He ate up every image, every word, every bit of data,” Glenn O’Brien has written, “and he he processed it all . . . into a bebop cubist pop art cartoon gospel that synthesized the whole overload we lived under into something that made an astonishing new sense”. (Glenn O’Brien, quoted in Dieter Buchhart, ed., Basquiat: Boom for Real, Barbican Art Gallery, London, 2017, p. 189) 

Basquiat a dit utiliser les mots dans ses oeuvres comme des touches de peinture. Il essayait de remettre de l’ordre dans cette cacophonie de données « multimedia. »

 Exemples de page de petites annonces et de bandes dessinées dont s’est inspiré Basquiat pour Magic Worms :






SCHÉMA D'ANALYSE DE « MAGIC WORMS » :



                                                                                                                                                                           

« MAGIC WORMS » est aussi la « Pierre de Rosetta » de Basquiat, son lexique et sa syntaxe en quelque sorte. Ce dessin annonce « ONION GUM 2 » (1985) « ONION GUM 1» (1983), « UNTITLED (MAGIC WORMS)» (1984), « MT » (1984), « ALTO SAXOPHONE » (1986).                                                           

Les éléments décrits étaient présents dans deux cartes postales peintes par Basquiat en 1978  :                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           










THE COMIC BOOK (BASQUIAT 1978)







dimanche 3 juillet 2022

Dany LAFERRIÈRE de l'Académie française à propos des derniers mois de Basquiat (in Autoportrait de Paris avec chat. Grasset 2018.)

 « Je marche sans rime ni raison dans Paris pour tomber sur une affiche annonçant une grande rétrospective de Basquiat. Il était venu à ma soirée dernièrement, au studio 201, avec son ami Warhol. (…) Je voulais le rencontrer à New York vers la fin des années 80 mais on m’a dit que c’était impossible car la drogue l’avais rongé jusqu’à l’os.

Vers la fin Basquiat faisait presque du faux Basquiat c’est à dire que les dernières oeuvres n’étaient pas à la hauteur de ses débuts étincelants. L’impression que sa mort était une forme de suicide. Il n’avait plus aucun contact avec le réel.

Il tombait lentement et tout le monde le regardait faire. Cette mort lente, cette infernale autodestruction était liée à ce talent ahurissant (…)

Basquiat était épuisé et avait besoin de changer d’air. L’air des galéristes, de collectionneurs, des critiques, des mondains, des faux amis ne lui allait plus. Warhol est mort. Mais où pouvait-il aller ?


Je pensais à l’époque pouvoir lui signaler un chemin. Lui faire connaître les peintres de Saint-Soleil que Malraux a rencontrés en 1974 après avoir vu un petit cimetière peint par des paysans haïtiens. Les couleurs étaient si rieuses, si ensoleillées que Malraux a pensé que ces peintres devaient connaître un chemin moins douloureux et plus sûr pour aller au pays sans chapeau.

Malraux a conversé longuement avec ces peintres que Tiga et Maud Robart avaient mis en scène.


Je crois que Tiga voulait traduire ce que les peintres créolophones avaient dit mais Malraux l’avait arrêté net en criant presque : « Je comprends. » En effet, il les comprenait, pas les mots bien entendu, les toiles, leur univers, ce qu’ils voulaient lui faire comprendre. Il était reparti plus serein qu’à son arrivée.

André Malraux est mort deux ans plus tard après avoir fait connaître ces peintres paysans dans le monde entier. À sa mort on a vu les peintres descendre des montagnes avec chacun un tableau sur la tête. C’était l’hommage qu’ils rendaient au « chaman » qui les avait visités et sur le visage de qui ils avaient enlevé les myriades de tics qui cachaient sa beauté sereine.


Je voulais raconter cette histoire à Basquiat, sauf la partie célébrité car ce n’était pas le moment.

Je voulais lui dire qu’il y avait un pays où l’on pouvait peindre sans se faire emmerder, un pays où la peinture était un art aussi populaire que le football. On ne gagnait pas gros à peindre mais on avait la paix et on mourait serein. On n’avait besoin d’aucune drogue pour franchir la barrière et si ces peintres étaient moins angoissés que certaines stars du nord c’est parce que leur art n’avait pas besoin d’être intoxiqué pour toucher au plexus celui qui le regardait. (…) »



                                               Dany LAFERRIÈRE in Autoportrait de Paris avec chat. Grasset 2018.






BASQUIAT & LES OBJETS PEINTS

  "LAST SUPPER" BASQUIAT & LES OBJETS PEINTS Jean-Michel Basquiat a souvent peint SUR des objets du quotidien, de telle sorte ...